jeudi 19 février 2015

Picole en réserve

Brésil - Paraiba



Samba à Joao Pessoa

Vous avez des bananes?
Avec à peine un pied sur le continent - nous sommes encore plus proches du Sénégal que du Sud du pays - nous parons au plus urgent: devenir pote avec la vendeuse de la meilleure caïpirinha de la ville. Quelques pas de sambas dignes de la performance du lampadaire dans Singing in the rain plus tard, nous décidons de fuir la grande mais néanmoins sympathique ville de João Pessoa et filons à Baia da Traição, petite ville voisine d'une réserve potiguara (peuple indigène de la côte nord-est du Brésil). A la sortie du bus, la première chose que l'on aperçoit est un panneau indiquant la vente de "picole". Déchantons, il ne s'agit que d'une glace à l'eau emballé dans un étui en plastique dont le design semble autant répondre aux besoins de rafraîchissement que d'éducation sexuelle.




Canon !

La réserve se constitue de petits villages côtiers côte-à-côte à côté des cocotiers, rafraichis par les vents de la mer, réchauffés par ceux de nos instestins peu habitués à digérer les omni-présents haricots. Seul-e-s peuvent s'y installer les Potiguaras et leurs conjoint-e-s. On reste au Brésil bien entendu: on a donc intérêt à aimer les gouts musicaux du voisin et les telenovelas quotidienne. Ces institutions brésilennes sont entrecoupée de pubs introduites par des dames toutes de peintures vêtues, l'approche du carnaval donne une ambiance rue d'Arschot (ou pire, salon de l'auto) à toutes les heures de diffusion.

Lieu de tournage difficile... risque de se mouiller les pieds.

Selon un Brésilien rencontré dans le bourg, nos hôtes ne sont pas de "vrais indiens", n'accordant ce titre qu'à celles et ceux qui courent nus abattre des singes à la sarbacane.  J'imagine que selon lui pour être Néerlandais il faut manger du fromage au milieu de champs de tulipes en faisant tourner un pétard aussi vite que les moulins du décor ou qu'il faut chasser le crocodile au couteau  à dos de kangourou pour être Australien. Les stéréotypes ont la peau dure... et souvent blanche ici.

Une maison typique du coin, sans coins, mais la plupart des gens vivent dans des maisons en béton, carrées, avec des coins, donc.

Notre hôte nous nourrit à la brésilienne: pâtes, riz, haricots, poisson, viande, jus de fruit, café, fruits, semoule, manioc... en un seul repas. Nous le partageons avec le chat le soir et des sagouins nous volent nos fruits le matin . Notre portugais est mis à l'épreuve: comment, en même temps, faire comprendre l'objectif de notre documentaire et suivre l'intrigue de Boogie Oogie, telenovela ayant pour décor anachronique un Brésil des années disco?

Ouistiti ... nom plus connu du Sagouin





Dans le village où nous dormons  - ne tirons pas de généralités de quelques discussions avec un petit groupe de personnes -  les Potiguaras évoquent souvent leur passé avec fierté, le présent avec un bonheur nuancé et le futur avec un peu d'inquiétude. En effet, nos hôtes n'hésitent pas à comparer leur réserve au paradis (mer poissonneuse, arbres fruitiers généreux), mais regrettent le manque d'emploi et regardent d'un œil inquiet les immenses plantations de canne qui brûlent dans le voisinage. Aussi, ils craignent que leur culture se perde dans les villages trop métissés, mais se moquent aussi des villages plus conservateurs. Tout est visiblement question d’équilibre.

Entre deux coups de soleil, nous commençons à filmer le documentaire, et après une semaine sur place, nous repartons avec nos premières vidéos, grâce à un jeune homme appelé Kouwalsky, métis russo-potiguara, kiné, poète, sage et dont vous découvrirez bientôt le visage.

Le making-of de notre première vidéo.



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