mercredi 21 janvier 2015

24 heures pour du beurre

... ou la traversée de l'Atlantique


Une petite carte accompagnant les articles indiquera dorénavant l'endroit où nous nous trouvons

Un chat garde son territoire à Mindelo, au Cap Vert

Le skipper, Alain, Françoise, Pau et moi sommes prêts. Les vannes sont fermées, les amarres largués, les pleins d'eau et de diesel faits: nous quittons le Cap Vert sur  Lystia, le superbe Amel Sharki (et Hutch) qui sera notre maison et véhicule.

"Que c'est agréable quand tout va bien"

Ça ne dure pas. Au bout de 10 minutes de glorieuse navigation, le phare de la baie se trouve étrangement sur notre trajectoire : si on continue sur le cap donné par les instruments, on ira le chatouiller de la proue. Tout le système électronique avait pourtant été révisé. Pas le choix, il faut rentrer à la marina. Entre temps la nuit est tombée. Tout port qui se respecte est indiqué par des lumières rouges et vertes. Ce qui est bien, sauf que ce sont aussi les couleurs favorites des commerçants du front de mer pour leurs enseignes. C'est donc de mémoire que nous rentrons à la marina, en évitant poliment les pêcheurs et les cargos.

Dernier coucher de soleil avant le départ
Le lendemain, nous nous affairons à trouver les problèmes en compagnie du spécialiste local, qui est à l'électronique ce que les 2 be 3 sont au chant lyrique. Le verdict: un pot de beurre, en métal, était rangé à côté du compas du pilote automatique. On ne devra donc pas changer tout le système, contrairement à l'avis du "spécialiste". Bref, on a perdu 24 heures pour du beurre.

Nous retrouvons le large le lendemain. Nous larguons les voiles et, après quelques heures, allumons le moteur pour charger les batteries.

"Que c'est agréable quand tout va bien"

Des idées pour plus tard ?

Soudain, le ronronnement du moteur laisse place à une alarme digne d'un cri d'adolescente à un concert de Justin Bridou : on a pété la courroie qui alimente l'alternateur (pour la production d'électricité) et la pompe à eau (pour le refroidissement du moteur). Mieux encore, les courroies de remplacement prescrites par le constructeur sont trop courtes. Saupoudrez le tout d'un vent de 35 nœuds dans le dos, rendant un demi-tour aussi possible que la virginité d'une mère, et vous avez la recette pour passer un nuit le nez dans le moteur. Heureusement, nous trouvons une manière aussi orthodoxe que les Pussycat Dolls de remonter le schmilblik: tout fonctionne.

"Que c'est agréable quand tout va bien"

Françoise et Alain préparent l'apéro, avant qu'un bon coup de gite de n'invite à la fête ?
Et paf, branle bas de combat, l'alternateur ne recharge pas les batteries comme il le devrait. Nous consommons plus de diesel que tous les Fast and Furious réunis. En temps normal: une heure par jour de moteur devrait largement suffire, mais nous peinons à atteindre les 7h par jour qui, selon nos calculs, nous permettraient d'atteindre les Antilles. Quelques gribouillis plus loin, nous décidons de raccourcir la route : direction le Brésil (lalalalalalalaaaaa). En oubliant l’auto-pilote trop gourmand et dont la précision nous laisse penser qu'il a été programmé avec des moufles, nous devrions y arriver sans encombres. Il faudra passer tous nos quarts à la barre, j'en suis témoin.
La chance semble nous sourire, nous pêchons trois dorades en trois jours (dont une énorme qui nous nourrira trois jours de plus). Nous célébrons la naissance du père Noël avec un bon kidibulle alcoolisé. Bref...

"Que c'est agréable quand tout va bien"

"Préparation" du repas de Noël
Presque aussi grande que les truites de Rolley
Et paf, après une journée sans vent qui nous pousse à utiliser le moteur, les batteries ne se rechargent plus du tout. Le problème semble se régler tout seul mais nous laisse comme un soupçon d'inquiétude (comme quand on ramène un pote bourré dans votre voiture et qu'il devient vert : on commence sérieusement à compter les kilomètres qui restent). Impossible de faire une petite balade aux alentours pour se détendre, le taux d'humidité est beaucoup trop élevé. On oublie tout ça dans l'alcool à l'occasion du nouvel an, fêté au clair de lune, sur une mer incroyablement calme. Le rythme reprend: barrer, manger, manœuvrer, manger, dormir, manger, barrer, manger, manger, lecture, manger, etc.

"Que c'est agréable quand tout va bien"

Les couchers de soleil souvent magiques... (je vous aurais bien montré des levers de soleil mais je dormais)
Heureusement que tout fonctionne (presque) parce que nous devons traverser le Pot-au-Noir, où se succèdent des zones sans aucun vent et où l'horizon compte autant de grains qu'un visage d'ado. Pour info, les grains sont des nuages en forme de champignon qui produisent de fortes pluies et un vent qui semble avoir de l'humour quand il choisit sa direction. Il faut donc éviter ces champignons comme Super Mario. On s'en sort sans encombres (les heures passées sur la Nintendo ont payé). Nous passons l'Equateur, sans être tombé sur la tête.

"Que c'est agréable quand tout va bien"

La panne électrique revient : il s'agit un problème au relais de charge. Heureusement, l'électricien joint au téléphone nous explique qu'on peut contourner ce problème. Malgré cela, l'arrivée sera bienvenue. Ça tombe bien, la vitesse augmente (un conseil: ne convertissez jamais les nœuds marins en km/h, c'est déprimant de savoir qu'on se ferait pourrir par un môme en tricycle), la consommation de diesel est moindre que prévu et on a tellement d'eau qu'on peut même se permettre de boire. On sent presque la caïpirinha.

"Que c'est agréable quand tout va bien"


A quelques heures de l'arrivée, un courant puissant et un vent de face enthousiaste empêche le bateau d'avancer: le louvoyage et le moteur n'y font rien. On se serait cru en demi-finale contre l'Allemagne. L'arrivée est retardée. La fatigue se fait sentir, Pau me passe la barre de temps en temps pour se reposer (quand y'en à marre, Dam à la barre), et on interdit de dire que tout va bien.

Les animaux qu'on le plus vu. Ils dormaient sur le bateau.
Brésil en vue ! On le voit bien puisqu'il est en feu. Apparemment il fait encore plus chaud que prévu. Nous apprendrons à l'arrivée que ce sont les champs de canne à sucre qui brûlent.
Finalement, nous arrivons à Jacaré, près de la pointe est du continent sud-américain, dans une rivière bordée de mangrove, au-dessus de laquelle pointent les immeubles de João Pessoa. Nous voilà fatigué-es, heureux-ses, de l'autre côté de l'Atlantique. Pile deux mois après notre départ de Belgique.

Nous apprenons les nouvelles européennes, atterrés de voir qu'une bande d'enflures ont fini par trouver Charlie, et que d'autres enfoirés utilisent l’événement avec tant de brio qu'on les imagine content-e-s (je mets un "e" pour Marine) qu'ils se soient produits. Depuis l'autre côté de l'Atlantique, on redoute les réactions à la con qui semblent toujours fleurir dans ces moments, et on garde le regard sur celles et ceux qui embellissent le monde plutôt que de l'enlaidir.

Petite caricature qu'on a vu circuler...
Cette traversée s'est malgré tout très bien passée. Ces petits ennuis techniques ne sont que des excuses pour mauvais marins. Nous n'avons eu aucun problème sérieux: un bateau flotte même sans électricité ("malheureusement", doivent se dire ceux qui habitaient ici il y a un peu plus de 500 ans). Tout ça ne nous a pas laissé le temps de nous ennuyer.

Une chose est sûre: on a kiffé à krawak ! On remet ça demain s'il le faut !

...mais on n'a même pas mangé ce beurre...

Premiers pas au Brésil

On ne pouvait tout de même pas avoir de blog sans un selfie...

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