Chère lectrice, cher lecteur, nous avons introduit dans l'article qui suit quelques petites infos sur la politique bolivienne, parce qu'il nous a semblé que nous en avons souvent une image un peu tronquée, trop homogène. Si vous n'en avez rien à cirer, nous vous proposons
cette vidéo de chat.
Du pez à La Paz
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| Les pigeons de la Plaza Murillo, devant le parlement |
A notre arrivée en Bolivie, plusieurs gros sujets animaient l'actualité: le meurtre (présumé) d'une jeune femme par son ex-copain, avocat célèbre, le renvoi d'une journaliste influente jugée trop critique envers le gouvernement et le scandale de corruption du
fondo indigena. Le gouvernement avait mis en place un système voulant qu'une partie des bénéfices des hydrocarbures - nationalisés - soient investis dans des projets au profit des communautés indigènes. Cette bonne initiative a été détournée en super machine à pots-de-vin car le manque total de contrôle permettait de verser de l'argent à n'importe qui. Vous vous dites sans doute qu'un tel scandale a dû faire tomber le gouvernement, mais ce serait sans compter sur ses talents de magicien. Le président a sauvé le coup en démissionnant sa ministre et en déclarant que pour éviter les abus, les fonds seraient versés uniquement aux organisations reconnues par l'Etat. Ouf, sauvé ! Et puis ça tombe bien, car il y a peu de temps, le gouvernement a chassé de leurs bureaux certaines des plus grosses organisations indigènes du pays devenues trop critiques à son goût et a recréé les mêmes organisation avec des militants du parti aux commandes. Abracadabra, voici qu'en une petite entourloupe on profite du scandale pour diriger les fonds uniquement vers ses partisans. Et ce n'est pas tout. Forcément, de rapides coups d’œil aux comptes du ministère compétent (façon de parler) ont permis de découvrir qui étaient les bénéficiaires de la fraude. Ni une ni deux, ils ont mis en taule un opposant dont le nom apparaissait sur la liste car son organisation n'avait pas justifié à temps des dépenses d'un projet financé par ce fond. Des personnes plus proches du pouvoir, qui avaient reçu de l'argent directement sur leur compte privé - on ne va pas s'emmerder - n'ont évidemment pas été inquiétés. Hopla boum les enfants, on rebondi comme sur le ventre de Maggie ! Rien dans les manches, tout dans les poches ! La FIFA peut en prendre de la graine.
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| Des supportrices du président lors de son discours, à l'annonce de l'acceptation par le tribunal de La Haye de juger le différend entre la Bolivie et le Chili concernant l'accès à la mer (autre grand sujet). Ambiance fête nationale pour ce qui n'est que le début d'une longue bataille. |
Pas de paix à La Paz
Arrivés à la Paz, nous filons chez notre premier contact: le mouvement féministe anarchiste Mujeres Creando. Elles nous accueillent dans leur hotel-restaurant-crèche-centre de formation et de conseil juridique-papeterie autogéré nommé
Virgen de los deseos, pied-de-nez évident à la religion chrétienne omniprésente, qui comme on le sait est aussi au point sur l'égalité hommes-femmes qu'un réalisateur porno. Après une brève nuit de repos, nous partageons le petit-déjeuner anti-impérialiste (comme décrit sur le menu) avec des femmes venues chercher l'appui du collectif pour empêcher qu'un féminicide ne pourrissent dans l'habituel fond de tiroir de la police. Nous devrons un peu attendre avant d'avoir une interview : la femme qui s'est fait écrasée par son ex est la fille d'une des Mujeres Creando. Elles sont en ébullition, d'autant plus que la lutte contre la violence faite aux femmes est un de leur lama de bataille.
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| Un lama traqnuilou devant les ruines de Tiwanaku |
"Je reviendrai et je serai des millions" Tupac Katari, 1781
En attendant, afin de nous faire une idée de la situation nationale qui parait aussi simple qu'une question d'un
Trivial Pursuit Genius sur l'histoire de l’Ouzbékistan, nous rencontrons un journaliste de Pukara, un web journal aux accents indianistes-kataristes. Il nous raconte que nous sommes arrivés à une époque d'espoirs déçus. Beaucoup de personnes ont soutenu Evo Morales, premier président indigène du continent, dans l'espoir de voir se réaliser son programme inspiré du
Vivir Bien/
Buen Vivir/
Suma Qamaña (en Aymara)/
Sumak Kawsay (en Quechua). Le
Vivir Bien peut être - trop - résumé comme un projet de société issu des cultures ancestrales andines qui promeut la vie en harmonie avec la nature, enlevant l'humain du premier plan. Ce projet a été porté, et adapté, par des mouvements sociaux, des intellectuels et des partis de gauche, notamment ceux de Morales en Bolivie ou de Correa en Equateur (pour certains, ce à quoi renvoie cette notion change radicalement en fonction de l'acteur qui la revendique). Concrètement, il s'agit de reconnaître des droits à la nature, de respecter et valoriser les différentes cultures et leurs institutions propres et de s'inspirer des valeurs morales andines comme les
ama qhilla, ama llulla, ama suwa (ne soit pas paresseux, ne soit pas menteur, ne soit pas voleur).
10 ans plus tard, même si des pas importants ont été réalisés dans la direction du
Vivir Bien - maintenant inscrit dans la constitution - le projet peine à se matérialiser hors des écrits et des discours. Ce sont surtout les objectifs socialistes néo-développementalistes du programme (nationalisation des hydrocarbures et des certaines mines, construction de routes, investissements publics importants, etc.) qui ont été réalisés, ce qui apporte au président un fort soutien, surtout dans les endroits récemment désenclavés, mais qui est souvent incompatible avec les objectifs du
Vivir Bien. Pour une communauté amazonienne, qu'un forage pétrolier voisin soit commandité par une transnationale ou par le gouvernement, le résultat est le même. Les personnes - parmi lesquelles de nombreuses organisations indigènes - qui s'attendaient à la réalisation, avec le
Vivir Bien, d'une alternative aux politiques de croissance et de développement ont été déçus.
Nous rencontrons le groupe de jeunes indianistes-kataristes Minka, issu des forums de débats politiques populaires improvisés qui animent la Ceja de la ville d'El Alto. Carlos, un de leur membre, nous éclaire sur leur courant politique très populaire en Bolivie mais presque invisible chez nous. Eux rejettent le
Vivir Bien, dans lequel ils ne voient qu'une tentative d'idéalisation des indiens (pour reprendre le terme qu'ils préfèrent à "indigène") qui les déshumanise, les renvoyant au folklore, et, de cette manière, les écartant des véritables institutions du pouvoir. Militant pour une réelle décolonisation de l'Amérique latine (où ce sont les blancs qui ont obtenu l'indépendance, contrairement à la plupart des pays africains ou asiatiques), ils promeuvent l'accession des indiens aux structures sociales et politiques par un processus révolutionnaire. Ce discours plus radical a déplu aux ONG internationales, qui lui ont préféré le plus modéré Evo Morales.
Comprenant un peu mieux où nous mettons les pieds, nous retrouvons les Mujeres Creando pour une émission de radio animée par la célèbre journaliste récemment renvoyée, interrogeant la mère de la victime et, par téléphone, le fameux opposant au gouvernement récemment libéré. Pour comparer à la Belgique, ce serait un peu comme se retrouver avec des réfugiés syriens interviewés par Stromae dans la maison communale de Linkebeek.
Après le katarisme, un peu de tourisme
Nous nous remettons de nos émotions autour du 36 467ème poulet-riz-patates (noyau suprême de la gastronomie bolivienne) lors de "La Paz sans voitures", avant d'aller prendre un peu l'air raréfié de la montagne au Huayna Potosi.
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| Mario kart en vrai ! On avait dit sans voitures ! Que fait la police ? |
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| Un skater profite de l'absence des voitures dans les rues de La Paz... avant de se prendre une énorme gamelle. |
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| Pau en pleine attaque à près de 4900 mètres d'altitude |
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| A 6088 mètres avec Felipe et Florian |
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| Notre trace. On profite des quelques instants tranquilles avant l'arrivée de cordées suivantes, et après une rude nuit d’ascension. |
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| Felipe souffle un peu après avoir amené un Belge un peu plus haut que la Baraque Fraiture |
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| A 5900 mètres. Des orages éclairaient ces nuages toute la nuit, contents d'être plus hauts et les poumons de redescendre. |
Nous filons ensuite rejoindre Vincent et Jasmine pour partir à la découverte de Toro-toro, qui n'est pas l’événement de corrida local mais un superbe parc national couvert de grottes et des traces de dinosaures.
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| A Cochabamba, quelques ados jouent à la marine. Le premier de la file tente visiblement une méthode de stérilisation un peu violente. Tremble Chili, tremble. |
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| Toro-toro, olé |
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| A l'intérieur des poumons de la terre. Il va falloir arrêter de la fumer. |
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| Vincent et Jasmine |
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| Under ze spotlaït |
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| C'est un garçon ! |
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| Selfie avec Jésus, qui s'en fout une fois de plus. Pas sympa. |
Nous retournons ensuite au Nord pour parcourir les 3500 mètres de descentes du trek El Choro, qui emmène les randonneurs des cols andins à la jungle des yungas.
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| Pau lache une caisse à 4860 mètres d'altitude. Pas très propre... |
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| El condor pasa |
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| Caravane de lama sur le chemin pré-colombien d'El Choro. |
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| Le lama crache, la caravane passe. |
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| Ruines d'une auberge inca sur El Choro. "Tu penses qu'ils ont de la bière ?" |
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| Le making-of |
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| 1000 mètres plus bas et 30 degrés plus chaud, dans les yungas. |
De Trivial pursuit à la course poursuite
Nous engageons ensuite une course poursuite à la recherche de Nilda Rojas, activiste de la CONAMAQ, une des organisations dissoutes par le gouvernement. Elle nous dit habiter Potosi, nous y retournons donc pour qu'une fois sur place, elle nous indique au téléphone qu'elle habite dans la
province de Potosi, mais au nord, re-trajet en bus dans l'autre sens, pour finalement arriver chez elle où elle nous avoue qu'elle n'a rien organisé car elle pensait que nous arriverions pas. Vu la clarté de ses explications, nous avions en effet plus de chances de gagner à l'Euromillion.
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| Heureusement, à Potosi, nous retrouvons Marie, Greg et leur petite Chloé, qui franchit un pont suspendu avec une assurance digne d'Indiana Jones. |
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| Potosi qu'on revoit pour le deuxième fois. |
Nous pouvons heureusement réaliser une belle interview au clair d'une éclipse de lune, dans cette région qui a la réputation d'être la plus dure de Bolivie. Les mines rendent l'eau impropre à la consommation et parfois à l'usage agricole et personne n'ose sortir du village la nuit.
Nous pouvons enfin prendre la route vers l'est, où, après un arrêt dans la superbe Samaipata, nous poireautons dans la ville de Trinidad sous les moqueries des perroquets, en pleine Amazonie bolivienne, en attendant que notre contact sorte de la jungle.
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| Entre deux questions, on pose la caméra et on emmène boire les taureaux. |
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| Les ruines d'El Fuerte près de Samaipata. Mal vendues par le Lonely Planet, elles valent le détour ! |
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| Piscine naturelle près de la néo-hippie Samaipata. |
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| Enfin un colibri qui se laisse prendre en photo ! |
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| Le gardien m'a proposé de rentrer dans la cage de l'anaconda pour prendre une meilleure photo. Ce sympathique animal de 7 mètres aurait bien aimé que je me rapproche un peu plus. |
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