Comme le sexe, la drogue et la violence ont bien fonctionné et que nous sommes de nouveau dans le top hit de vos sites les plus visités, nous avons décidé de montrer d'emblée une photo de cuy (vos esprits prudes auront lit "cui", comme le chant d'un oisillon fraichement sorti du nid, mais non, "cuy" se prononce bien "couille" de ce côté de l'Atlantique).
Maintenant que nous avons votre attention, profitons de cette occasion pour vous souhaiter une bonne année 2016, enfin, sauf si vous faites partie de ces gens qui voyagent en se plaignant de tout, en dénigrant les locaux et en laissant vos souvenirs sur les bords des chemins, alors dans ce cas on vous souhaite une année bien pourrie.
Avant de suivre la route vers Lima, nous avons été prendre un petit bain de jungle, en compagnie de la FENAMAD, organisation indigène de la région Madre de Dios. Grâce à eux, nous avons pu nous rendre dans des communautés en bordure du parc Manu qui luttent (eh oui, ils se battent à Manu) pour faire reconnaître leur territoire, car les menaces se font de plus en plus fortes dans le sillage des nouvelles routes. Nous avons notamment eu le privilège d'enregistrer un chant dans une langue qui ne compte plus qu'une vingtaine de locuteurs (celui que vous entendez dans la vidéo)... à propos de laquelle un Équatorien qui connait la Belgique nous a fait la réflexion "Ah, comme le Flamand" (pas taper Bart, pas taper).
Arrivés à Lima, la ville avec le moins d'espaces verts du continent, nous avons voulu rencontrer un permaculteur, ce qui revient à rechercher un supporter de foot dans un congrès de nutritionnistes ou un coiffeur chez les moines bouddhistes. La permaculture, ce n'est pas faire pousser des légumes dans la permanente de votre grand-mère, mais - en trop résumé - une éthique et une méthode d'agir systémique qui vise à créer des habitats humains et une production agricole résilients, autonomes, soutenables et efficaces, en harmonie avec la nature sauvage. Celui que nous avons rencontré crée, entre autres, de magnifiques espaces verts autonomes reposant sur de nombreuses symbioses entre plantes,insectes et oiseaux, malgré les plaintes des voisins qui trouvent que ça fait sale toute cette nature (véridique).
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| Le ceviche, un plat typique à base de poisson cru, accompagné du traditionnel Pisco sour, le cocktail national. |
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| Un magasin vu à Lima... bonne chance pour le lancement en Europe ! |
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| Le paysage vu du chemin menant à Rupac. Décidément, le Pérou est vraiment trop touristique... |
Nous sommes ensuite passés par Caral, la plus vieille ville du continent, rien que ça. Cela ne suffit visiblement pas au Routard ou aux autres guides touristiques qui n'en font pas mention. Contrairement à d'autres endroits, on a parfois l'impression que ce qui est trop vieux n'intéresse pas. La plupart des livres d'histoire de l'Amérique latine commencent en 1492, considérant probablement que tout ce qu'il s'y passait avant n'était pas digne d'attention car ces mécréants d'indigènes ne croyaient pas en la sainte trinité (Jésus, le Père Noël et le capitalisme). Depuis quelques années cependant, les Européens et leurs descendant-e-s se rendent compte que ces Indiens ne venant pas plus Inde que leurs cochons ont eu non seulement l'impolitesse de ne pas tous mourir, mais qu'ils ont en plus eu l’impertinence d'avoir un passé. On s'est donc un peu intéressé à l'histoire des civilisations que les potes à Chri-chri ont rencontrées... et dévastées: Incas, Mayas, etc., mais on continue à oublier celles les ont précédées. Aussi, beaucoup de pseudos-chercheurs aiment justifier les prouesses technologiques ancestrales par le contact avec des extraterrestres. Et oui, il parait plus probable que des hommes verts traversent des millions d'années lumière par un moyen inconnu pour apprendre à quelques bipèdes à empiler de gros cailloux plutôt que de reconnaître que des non-blancs sont dotés de savoir.
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| Non, ce n'est pas la vallée du Nil... Ces pyramides-ci sont d'ailleurs
plus vieilles que de nombreuses constructions de l'Egypte des pharaons. |
Notre chemin touristique nous a ensuite amenés à Huaraz, la capitale du trek au Pérou. Nous y avons parcouru l'itinéraire de l'Alpamayo en 5 jours, souvent sous une pluie battante, à tel point que nous devions nous réveiller la nuit pour creuser des tranchées au couteau à plus de 4000 mètres d'altitude. Bref, on atteignait les niveaux de confort d'une cavalcade avec hémorroïdes.
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| Enfin un peu de soleil après 48 heures de pluie ininterrompue. On en
profite pour s'arrêter dans le premier endroit "acceptable" que l'on
croise. |
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| Seuls dans la montagne durant 5 jours. Une fois de plus nous avons du mal à supporter la horde de touristes |
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| Impossible de cadrer une bonne photo sans des animaux en liberté, pfffff |
Bien nettoyés, nous étions prêts à recommencer à filmer notre documentaire. Nous avons foncé à Cajamarca, où, nous avait-on dit, une poignée de paysans gagne son combat contre l'énorme projet minier Conga, entrepris par l'entreprise Yanacocha. De nombreux locaux se sont joint à la cause, car la région compte cinq lacs, de nombreuses sources et des marais, qui seraient tous détruits par l'immense mine de 2 km de diamètre sur 1 km de profondeur (presque assez pour contenir l’ego de BHL). Le terrain de la famille Chaupe Acuña, se trouve en plein cœur de la concession. Maxima, la mère de famille, mène la résistance. Elle est connue comme la femme qui a vaincu une multinationale. Son refus de s'en aller paralyse le projet et cristallise les espoirs de la région.
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| La laguna azul, qui serait asséchée et utilisée comme dépôt par la mine Conga |
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| La maison des Chaupe Acuña. En contrebas, on voit la barrière qui leur
coupe l'accès au chemin leur permettant d'aller au village le plus
proche... à cinq heures de marche. |
Arrivés, à Cajamarca, jolie ville qui a vu le dernier Inca se faire exécuter, nous prenons contact avec l'entourage des Chaupe Acuña. Grâce à l'aide de quelques militants et après de nombreux détours, nous arrivons à la maison de Maxima, accueillis par son fils et son épouse. Maxima, elle, est redescendue au village pour se soigner, car l'entreprise minière se faisait un malin plaisir d'intercepter ceux qui lui amenaient des médicaments.
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| La fine équipe en balade. |
Nous arrivons en plein brouillard. Lorsqu'il se dissipe, nous apercevons la vue sublime, mais aussi les barrières récemment construites par Yanacocha qui entourent le terrain. Depuis qu'elle a perdu un procès contre la famille, l'entreprise minière tente tout pour les pousser à partir: menaces, vol et meurtres de bétail (dont l'élevage de cuy), destructions des quelques cultures de pommes-de-terre, destruction des fondations d'une maison, surveillance permanente, etc. Dès que les Chaupe Acuña quittent la maison, c'est pour découvrir un nouvel acte de vandalisme à leur retour. On se croirait au village d'Astérix, sauf que la potion magique, ici, c'est la ténacité.
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| Maribel, toujours le sourire aux lèvres. |
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| Son mari, Daniel, fraîchement recoiffé pour la photo. |
La police ne leur est d'aucune aide, parce qu'une loi visant à stimuler les investissements étrangers permet à une entreprise privée de louer les services des "gardiens de la paix" pour faire régner la sécurité sur ses installations. Yanacocha arrose donc légalement les moustachus locaux qui, bien entendu, n'ont pas envie de décevoir un si gros client.
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| Un pick-up de la sécurité de Yanacocha, toujours dans les parages, qui s'en va en voyant nos appareils photos. |
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| Daniel regarde le campement de Yanacocha installé juste en amont de leur maison. |
Puisque l'entreprise contrôle la route qui accède à leur terrain, elle menace les chauffeurs qui osent transporter les membres de cette famille. Pourtant agriculteurs, les Chaupe Acuña ne peuvent donc rien cultiver, ne génèrent aucun bénéfice et ne peuvent se rendre au marché pour s'approvisionner. Lorsque personne ne leur apporte à manger, ils sont réduits à boire de l'eau qui, grâce à leur résistance, ne manque pas.
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| Pau le soir de Noël |
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| Myriam, la fille de la tante et voisine, qui nous rend visite fréquemment |
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| La voisine, dans sa chosa (maison en paille), qui lui sert d'abri saisonnier. |
Après une petite trempette dans les eaux thermales du dernier Inca, excusez du peu, nous faisons une dernière étape péruvienne à Colan, accueillis comme des Philippe 1er en bord de mer, histoire de bien enfoncer le contraste.
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| Un pélican s'envole sur fond de Pacifique |
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| Une peinture dans la maison d'un activiste de Celendin, près de Cajamarca. Le sommaire de notre documentaire? |
Petite précision tout de même importante à souligner. Tes chiffres concernant l'égo de BHL doivent dater d'au moins 3 ans car celui-ci augmentant proportionnellement à l'inflation argentine, le seul lac au monde à pouvoir le contenir s'appelle Titicaca. Avant ce record on le connaissait surtout pour être le plus haut du monde mais ça, c'était avant...
RépondreSupprimerÀ part ça, très belles photos comme toujours et un récit où on ne s'ennuie pas et qui donne parfois envie de pousser des cris de rage comme cette histoire Yanacocha !!! Quel doux monde....
Continuez bien en tous cas et profitez à fond de l'Équateur !!
A bientôt.
Adri des Ads