Paf! un cachet de plus! Devant un portrait de Correa très réveillé, un douanier à moitié endormi nous rend notre passeport. Nous sommes en Equateur. Pays de la moitié du monde et du point le plus éloigné du centre le la terre (Chimborazo, 6300 mètres). Les premières impressions ne dépaysent pas vraiment du Pérou. Les tentatives d'arnaque sont toujours aussi subtiles. A notre "combien elles coûtent vos bananes?" notre interlocuteur se retourne vers son patron et demande "à combien elles sont les bananes?", même si ça fait cinq ans qu'il travaille dans un magasin qui ne vend que ça. C'est toujours mieux que de dire "de combien j'arnaque ces gringos tout droit sortis du bus?". Aussi bien tenté que les chauffeurs de taxis qui demandent 100$ pour faire 5 km, ou le réceptionniste qui demande le double du prix affiché juste derrière lui. Nous on se marre et eux se demandent par quelle magie nous les avons démasqués.
A combien les bananes ?
Le Chimborazo, vu depuis un endroit qui est maintenant sous la lave.
Nous avons commencé par un petit séjour à Vilcabamba. Cette charmante bourgade sert de refuge à la génération hippie étasunienne vieillissante qui vient essayer d'y mourir moins vite. L'eau, parait-il, permet de vivre plus longtemps. On y boit donc des jus de papaye-épinards bio et on y mange des graines en journée, avant de se terminer à la bière en terrasse le soir. Le public rappelle un petit San Francisco qui aurait oublié de se reproduire depuis les années 60. Sur le chemin du camping, un groupe termine une méditation pour la terre mère avant de rentrer dans leur maison en terre cuite en 4x4 checker le net sur leur Ipad. Rien de bien méchant... à part le fait que tout ces gens plein de dollars font flamber le prix du terrain, faisant fuir les indigènes qu'ils essayent maladroitement d'imiter.
Vilcabamba vu du haut
Le paradis des hippies
Nous y avons malgré tout trouvé un petit havre de paix, au milieu d'une réserve naturelle appartenant à un Argentin se trouvant si intéressant qu'il tentait tout pour s'incruster dans notre documentaire. Pas sûr qu'on ait envie de vendre la privatisation de la nature comme solution... Grand donneur de leçons, il s'est invité dans une conversation pour nous donner son avis sur le monde, clôturant en disant que les voitures devraient être illégales et qu'il préfère "l'énergie du cœur", mimant un cycliste avec ses mains... avant de monter dans son Land Rover Defender en acier brut pour rejoindre sa maison 300 mètres plus loin.
Bref, un peu fatigués par les vieux qui se trouvent très respectables, nous sommes partis vers Cuenca, charmante ville où se font les chapeaux Panama (ben oui, c'est aussi bête que d'appeler les frites "French Fries").
Cuenca est une très jolie ville
La prochaine étape était Riobamba, cœur kichwa du pays où nous avons pu visiter des communautés en pleine minga. Non, ils n'étaient pas en plein cours d'accent liégeois. La minga est un chantier entrepris par la communauté, où tout le monde est prié de venir participer. Enfin, ce sont surtout les femmes qui se coltinent le travail difficile. Avant de nous traiter de féministes coupeuses de zizi, matez un peu le mec en bleu dans cet accéléré révélateur.
Trouvez l'intrus....
Ici, les habitant-e-s avaient décidé d'entourer le terrain de foot d'une grille pour protéger les cultures de maïs. Du coup, des petites vieilles de plus de 80 piges portaient des sacs de sable de 20 kg pour le terrain des petits jeunes. Tout cela se faisait dans la bonne humeur, il était assez courant de voir les petites vieilles se pousser dans les tas de sable. Ce qui se serait terminé par une fracture du col de fémur chez nous n'est ici qu'un bon prétexte pour se moquer de la malheureuse victime. L'ambiance est à la fête et les repas durant la minga sont copieux. Bref, pas question de se plaindre en attendant que les choses se fassent toutes seules.
Tout le monde apporte de la nourriture et on partage tout sur le tapis.
Nous continuons vers Baños, où les touristes se rendent pour faire de la balançoire. Vous ne me croyez pas? Checkdizaout (emprunt de l'anglais youtubique reconnu par le dictionnaire Labrousse):
Sans les mains !
Baños, ça a beau avoir un nom de chiottes (les hispanophones comprendront), ça reste joli.
Trop une rebelle
"-Pau on va où après Baños?
-Patate
-Mais reste polie s'il te plait.
-Mais non, patate !"
Nous avons voulu monter sur le Tungurahua, un volcan actif. Cela nous paraissait être une excellente idée avant que ça sente littéralement le soufre et que le volcan nous jette encore plus de pierres que si on avait mis une jupe en Arabie Saoudite. Nous avons donc courageusement fait demi-tour. Deux semaines plus tard la montagne a fait un méga prout. On aura donc eu de la chance.
Vue depuis le Tungurahua.
Nous retentons l’ascension d'un volcan à Quilotoa, plus facile puisque son sommet a explosé et laissé à la place ce magnifique lac.
Pas le pire des endroits pour dormir...
Depuis le lac, on peut faire un joli petit trek dans les villages locaux.
Arrivés à Quito, nous sommes accueillis à la belge par Gé et Jaime. Du coup, on fait péter les frites et la bière. En nous baladant en ville pour digérer, nous voyons ces deux messieurs sur un balcon.
Un socialiste et un fasciste sont sur un balcon... Ça ferait un bon début de blague non?
Un vautour, ou "poule d'altitude au bec orange", pour les ornithologues chevronnés que nous sommes.
Quito, la capitale de l'Equateur.
Blogger me propose d'ajouter une légende à la photo, mais je pense qu'elle y est déjà ! Pau à 4700 mètres d'altitude.
Des chips ou des médocs? La dame du milieu semble avoir fait son choix.
Jaime et Gé nous invitent à visiter les côtes de la superbe province d'Esmeralda, désertée par les touristes qui ont peur du Zika. Malheureusement El Niño est arrivé avant nous, et l'infrastructure côtière subit ses assauts. Cela ne nous empêche pas de découvrir la gastronomie locale (même si on ne cuit pas le poisson dans le ceviche nondidju !) et la culture relax.
Le siège de l'UNASUR à La mitad del mundo (la moitié du monde)
Joao et Pessoa devant le monument qui marque la ligne de l'équateur... à quelques kilomètres près. oups.
Bien ensablés, nous partons chez les Kayambis. Nous sommes reçus par le dirigeant en personne.Après un tour d'interviews très intéressantes, nous terminons autour de nombreuses chichas locales (bière de manioc), avec le beauf du dirigeant, croque-mort, qui nous montre des vidéos d'enterrement sur son smartphone.
Une agricultrice kayambi devant une tomate d'arbre, un fruit très apprécié ici.
Bref, un après-midi bien bizarre avant l'anniversaire de Pau, que nous partons fêter à Baeza. La patronne de la maison, entendant que Pau fête ses 29 ans, sort une "petite" bouteille de tequila de 5 litres. L'appareil photo se souvient mieux que nous de la suite.
Un "petit shot" de tequila?
Petite promenade pour se rafraîchir le lendemain.
Nous continuons le tournage près de Lago Agrio, où les communautés se sont organisées pour lutter contre Texaco, devenu Chevron, qui, non contente de déverser du pétrole volontairement dans la jungle, sur les routes et dans les rivières, a prétendu tout nettoyer en mettant une couche de terre au-dessus. Nous découvrons une véritable marée noire en pleine jungle. A cause de cela, deux ethnies ont disparu, le nombre de malades continue d'augmenter et l'eau est inutilisable, mais malheureusement utilisée. Les communautés ont gagné leur procès contre Chevron en 2011, mais la multinationale refuse de payer.
Donald, qui vient de poser ses mains au sol.
Les femmes font la lessive et les enfants jouent et boivent sous les oléoducs vétustes.
En manque de descente de la Lesse, nous décidons de nous rattraper sur la petite rivière locale: l'Amazone. Nous la rejoignons donc via le Pérou par la rivière Napo, sous les "hourras" des moustiques.
Le disco n'est pas mort !
La fourmi conga, connue pour avoir une des piqûres les plus douloureuses au monde. Les anglophones l'appellent bullet ant, parce qu'apparemment cela équivaut à se faire tirer dessus.
En attendant un bateau dans une communauté kichwa le long de la rivière Napo.
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