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| Petite sieste sur le Rio Napo. Fait chier le français, en anglais ça faisait un jeu de mots. |
Nous avons commencé notre transamazonienne à Francisco de Orellana (Coca pour les intimes), en Equateur, pour descendre le rio Napo jusqu'au Pérou. A peine arrivés, on nous explique que le tronçon le plus difficile du voyage se situe juste après la frontière péruvienne, où les bateaux ne passent qu'une fois par mois. A chaque personne à qui on demande une info, la réponse change. Nous comprenons que personne ne sait mais que tout le monde veut donner son avis. On se croirait au parlement. Dans un flou tout sud-américain, nous décidons d'acheter des vivres et de l'eau et de partir au plus vite, pour ne pas manquer une opportunité.
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| Un bateau-bus-scolaire... Tentons d'oublier que le Pérou est en train de déverser des litres de pétrole dans cette rivière. |
La saison des pluies commence à peine et sur une rivière aussi sèche qu'une quinte de toux de Gainsbourg, le bateau tape dans plusieurs troncs, sans aucune conséquence. Jusqu'à ce que le conducteur se plante sur un banc de sable. Trop fier, il n'ose pas demander de l'aide, mais la cheffe d'équipage n'hésite pas à demander aux hommes à bord de descendre pour pousser. Seuls les gringos se lancent. Les Équatoriens restent tous dans le bateau, peut-être par paresse ou parce qu'ils savent ce que cachent les eaux boueuses. Heureusement, nous arrivons à désensabler le bateau et reprenons la "route".
Nous arrivons à la frontière où les propriétaires de barques demandent un prix d'or pour faire la poignée de kilomètres qui nous séparent du Pérou. Pire que la SNCB. Nous partageons donc les frais avec une famille de Cubains qui tentent de rejoindre le Brésil en utilisant quelques billets en guise de passeport (ce qui s’avérera tout aussi efficace).
Arrivés à Pantoja, au Pérou, on nous apprend que le bateau vers Iquitos est parti le matin même. Quelle chance ! Heureusement, l'info que nous avions était erronée et il ne faudrait qu'attendre une semaine avant le suivant. Nous tentons de nous auto-convaincre que ce ne sera pas si terrible d'attendre sept jours dans un nid à moustiques lorsque nous rencontrons une équipe d'un ministère péruvien partant vers Angoteros, une communauté Kichwa plus bas sur la rivière. Selon eux, il nous y sera beaucoup plus facile de trouver une embarcation.
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| Le bateau du ministère. |
Naïvement, nous leur faisons confiance. Nous comprenons notre erreur pendant les trois jours que nous passons sur la berge à attendre en vain un bateau. Le seul hôtel est un trou dont les rats ne voudraient pas, avec une "douche" composée d'une bassine et d'une flaque de boue et des chambres qui pourraient se confondre avec des cellules si elles disposaient de portes. La communauté n'a pas de restaurant mais un seul magasin qui ne vend que des sodas, des galettes, du riz et des oignons, qui seront notre unique menu pendant trois jours. Aussi, on nous met en garde contre un animal typique de la région, une sorte de serpent volant assez venimeux. Chouette.
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| Coups de soleil moins une demi-heure. |
Heureusement l'endroit est superbe, et un passant nous invite à l'anniversaire de son fils. Ouakatépé baboune ! Des citadins chez les indiens. Nous nous rendons donc à cette fête, en suivant d'autres invités, afin de pouvoir les imiter dans les rituels de salutations. Il suffit de toucher la main des convives et de boire la chicha de manioc que les femmes nous offrent, jusqu'à ce qu'elles estiment que nous ayons suffisamment bu. La fête suit son cours, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, l'alcool partout. Nous nous asseyons stratégiquement à la jonction entre les deux groupes. Les femmes demandent à Pauline son âge, intriguées par le fait qu'elle aie déjà les cheveux "blancs". Les hommes me parlent de foot et me demandent de réserver la matinée du lendemain pour leur apprendre le portugais et l'anglais... Ben oui tiens, ça nous laissera le temps d'étudier la physique quantique, la mythologie Égyptienne et la biologie moléculaire l'après-midi. A un moment, le chef de la communauté se lève et entame son discours pour fêter un bon anniversaire au jeune homme de quatre ans. Le ton est officiel. On lui enlève la version 2015 de l'uniforme du Barça pour lui offrir le complet 2016, sous les applaudissements du public. Un invité profite de l'instant pour envoyer un chat-bite de compétition au chef qui ne voit rien venir, avant que le geste ne soit répété par plusieurs grands gamins de l'assemblée. Dois-je exploser les burnes de mon voisin pour m'intégrer? Je ne me souviens pas d'avoir vu ça au cours d'anthropo...
Deux jours plus tard, une équipe d'une compagnie téléphonique passe réviser les antennes et n'en revient pas de tomber sur deux gringos. Probablement par pitié, ils nous emmènent à Pantoja (demi-tour), avant de redescendre vers Iquitos. Malheureusement, arrivés à mi-chemin, nous devons quitter le bord, parce que les papiers du bateau ne semblent pas en règle, et que les gardes côtes trouvent totalement injuste que des touristes se déplacent sans payer.
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| Une famille kichwa |
Un peu lassés d'attendre, nous prenons un bateau rapide vers Iquitos, et arrivons une semaine après avoir quitté l'Equateur. Nous n'avons fait qu'un quart du chemin. Nous profitons de la ville pour faire le plein de kilos, après avoir fait nos courses dans un marché qui n'a rien à envier aux bidonvilles de Calcutta. L'odeur y est comparable à un bouquet de rose... qui aurait passé trois mois dans le compost. Nous partons rejoindre un écovillage/communauté hippie à quelques kilomètres de là, sur l'unique route de la région. Les moustiques nous accueillent presque aussi chaleureusement que les habitants. Nous sommes un peu déçus de trouver des cultures à l'abandon, contrairement à ce qui était annoncé sur le site. Nous choisissons un matelas apparemment vide, mais déjà occupé par une colonie de puces qui nous feront payer notre intrusion par quelques centaines de piqûres. Les jeunes habitants du lieu consacrent beaucoup d'énergie à utiliser de la médecine traditionnelle indigène, qui consiste à se faire vomir grâce à du venin de crapaud ou à l'ingestion de tabac. Nos hôtes, très sympathiques, semblent maîtriser la pratique mais ignorer la substance des cultures auxquelles ils l'empruntent. Peu intéressés par l'expérience, et ayant suffisamment vomi en Bolivie, nous décidons de quitter les lieux. Nous embarquons donc sur l'Amazone en direction du Braaasiiiil, la la la la la la la
là.
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| Une des habitantes du lieu avait adopté un singe, qui malheureusement s'est habitué à l'homme,.. |
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| ...et à la femme |
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| On embarque sur l'Amazone ! |
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| L'arrivée d'une livraison amazone. |
Le trajet se passe sans encombres. Entre les repas de panse de vache, nous regardons défiler le paysage depuis nos hamacs: des arbres, de l'eau, une communauté où tous les hommes sont habillés comme Jésus, des arbres, de l'eau, la léproserie dans laquelle a travaillé le Che, des arbres, de l'eau et enfin la triple frontière (avec des arbres et de l'eau). Le douanier est le même qu'à la frontière Equateur-Pérou, toujours aussi sympathique et un peu plus riche grâce aux Cubains, il nous reconnait immédiatement. Après un bon petit-déjeuner au Pérou, nous prenons un dîner (et ouais les potes Français, ici on parle belge) au Brésil et un petit café en Colombie. Le premier Colombien que nous voyons nous propose de la marijuana. Il va falloir faire un effort pour briser les stéréotypes... Dans cette capitale de tous les trafics, nous sommes accueillis à la brésilienne par des amis du CIMI, l'organisation avec laquelle nous avions déjà travaillé et qui nous a dégoté un super sujet dans le coin.
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| Pau et Diana de retour des courses. |
Nous partons donc vers Atalaia do Norte, une réserve indigène de 8 millions d'hectares (soit deux fois et demi la Belgique). Là, les peuples déjà contactés protègent ceux qui ne le sont pas encore. Paolo, un Marubo, nous dit en une phrase le meilleur plaidoyer pour la défense des peuples isolés: "Nous ne voulons pas qu'ils soient contactés pour qu'il ne leur arrive pas ce qui nous est arrivé". Clovis, Marubo lui aussi, nous invite à les aider à protéger leur territoire parce qu'eux nous "offrent de l'air pur" en retour. Neli, en plein atelier d'artisanat, nous explique qu'en enseignant ces techniques à travers les générations, la culture et l'histoire se transmettent. Évident, cela en dit long sur la société de consommation. Ici, les organisations indigènes peinent à repousser les compagnies pétrolières, bûcherons, trafiquants de drogue et d'organes. Les rivières se remplissent du mercure utilisé des orpailleurs et des "déchets du blanc", le plastique, arrivé depuis quelques années à peine. Derrière la beauté du paysage d'une des régions les plus isolées du monde (nous sommes à plus de 500 km de la première route nous connectant au reste du continent), les symptômes de la maladie planétaire sont bien présents.
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| Petite séance de pêche en famille dans le rio Javari. |
Lors de notre passage, nous sommes invités aux premiers jeux indigènes de la région. Nous y sommes reçus comme la BBC et filmons des athlètes venant parfois de villages à plusieurs jours de canoé rivaliser au tir à l'arc, à la sarbacane, à la course en forêt, mais aussi au volley et au foot.
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| L'arbitre se prépare à recevoir un énorme smash dans la tronche. |
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| Sur votre gauche, une équipe Matsé-Matis. Sur votre droite Jacqueline Galant attachée à son siège de ministre. |
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| La pluie fait partie du quotidien... |
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| ...et ne l'affecte pas beaucoup |
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| Des candidats à Miss et Mister indigène 2016. |
Nous reprenons le bateau vers Manaus, mais nous n'avons pas d'autres choix que d'installer nos hamacs à l'étage inférieur, où nous pouvons profiter des bruits du moteurs, des chargements et déchargements nocturnes et de la télévision qui diffuse Big Brother Brasil toute la nuit.
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| Ça reste mieux qu'une demi place dans un bus sur une piste. |
Un peu fatigués donc, nous arrivons à Manaus, reçus dans une grande maison avec piscine. De quoi faire dignement nos adieux à l'hémisphère sud et à la plus grande forêt du monde.
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| Nos hôtes ont organisé une "petite" fête. |
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| Pau donne une petite leçon d'électro aux Brésiliennes. |
Nous repartons en stop vers le nord, où la forêt laisse peu à peu la place à la grande savane. La chaleur est toujours bien présente, mais sèche. Les habits ne pourrissent donc plus juste en restant dans le sac. Nous interviewons Davi Kopenawa, surnommé le Dalaï Lama de la jungle. Personnage très humble, il nous raconte son premier contact avec les blancs, et les maladies qui ont suivi. Il nous parle de l'argent - qu'il décrit comme "la peau de la forêt" - qui nous domine et qui entraîne la destruction de la forêt: "seuls ceux qui en ont la détruisent". Serait-il plutôt le Hervé Kempf (auteur de Comment les riches détruisent la planète) de la jungle?
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| Un perroquet dans un refuge pour animaux victimes du trafic à Boa Vista. |
Arrivés à Boa Vista après des heures de camion, nous sommes reçus par des amoureux de la bonne bouffe (zut alors). Ils nous font découvrir l'agréable capitale de l'état de Roraima, le plus au nord du pays. Notre petit mois au Brésil confirme nos premières impressions, les Brésilien-ne-s sont les champion-ne-s toutes catégories de l'hospitalité.
Ficamos a vontade.
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