dimanche 28 août 2016

Smoke on the water

Ouf, nous arrivons à franchir la frontière du Nicaragua avant que tout notre argent se volatilise. Nos derniers dollars sont des rescapés. Au Costa Rica ils étaient encore plus en danger d'extinction qu'un ours polaire autiste à Ibiza. Nous filons vers la côte pacifique où nous comptons nous remettre au surf, mais c'était oublier le sens de l'humour des vagues qui tiennent absolument à jouer à la machine à laver. 

L''écume avait bon gout. Heureusement nous avons pu sauver l'honneur en tenant quelques fois sur la planche.
Nous partons vers l'île d'Ometepe, formée par deux volcans sur le lac Nicaragua, où les vagues devraient être plus clémentes. Nous décidons de grimper le volcan Maderas, mais la pluie est si dense qu'on croirait voir des poissons jouer avec les singes dans les arbres. Les sentiers se transforment en bain de boue et nos fesses en profitent pendant toute la descente, de quoi terminer avec autant de bleus qu'à un barbecue chez la famille Michel. Au détour d'une flaque nous rencontrons Marie et Damien, un sympathique couple français avec qui nous poursuivrons le tour de l'île. Nous y revoyons les singes hurleurs, de superbes papillons et quelques crabes qui terminent dans notre soupe (les papillons ça colle entre les dents).

"Avec mon camouflage nature, ils ne me verront jamais !"
Les singes hurleurs, assez faciles à repérer avec leurs cris qui résonnent à plusieurs kilomètres.
Impossible d'imiter le cri des singes hurleurs: imaginez Stallone qui marche sur un Lego. 
Lucky Luke était aussi de visite au lac Nicaragua.
Nous poursuivons notre petit tour touristique à Granada, ville coloniale au bord du lac, où tous les touristes sont parqués dans une seule rue, mais où contrairement à un zoo les locaux sont priés de les nourrir. Nous choisissons comme à notre habitude un hotel un peu plus reculé,où le seul désavantage est qu'il sert aussi de maison de repos. Il ne faut donc pas s'étonner de passer devant une porte ouverte donnant sur un vieux à poil ou que quelqu'un ait perdu un peu de sa précision lorsqu'il s'agit de vider les résidus de verveine dans les toilettes. Les alentours de la ville sont superbes: un archipel d'îles sur le lac, un volcan où on peut voir de la lave, un lac dans un cratère. Bref, de quoi nous convaincre de nous y installer pour organiser nos interviews, plutôt qu'à la capitale, Managua, qui a su capter tout le charme d'un parking de fast food.

Pendant ce temps sur Google +

Pau garde le fort contre les pirates.
Comment "chopper des meufs" version Nicaragua.
Le plus jeune des pensionnaires de l'hôtel. 
Au coeur du volcan Masaya.
Nous interviewons un mouvement féministe: le Movimiento Autónomo de Mujeres (MAM) qui obtient d'emblée notre sympathie vu le comportement moyen des hommes locaux (remarques salaces courageusement lâchées depuis leurs voitures en marches, commentaires misogynes, tendance à la boisson et au gros bide). On nous dit que la plupart des mouvement sociaux ayant une vision politique forte sont menés par des femmes. Cela ne nous étonne qu'à moitié. La coordinatrice du mouvement nous introduit au sujet tabou: le canal de Nicaragua. Le président a en effet vendu à une entreprise chinoise le droit d'exploiter pour 116 ans toute une portion du pays pour y construire un canal. Le gouvernement le vante comme une source d'emploi énorme, oubliant – par distraction sans doute - que les emplois créés ne compenseront pas les pertes d'emplois agricoles. Ce canal devrait être plus long que celui de Panama et traverser une des régions les plus fertiles du pays ainsi que sa majeure réserve d'eau potable. Il parait difficile de le considérer comme une bonne idée. D'ailleurs, nombreux sont celles et ceux qui disent qu'il ne verra jamais le jour, mais qu'il s'agit d'un arrangement permettant à certains de s'en mettre plein les fouilles et aux Chinois d'avoir du terrain presque gratos. Voulant en savoir plus, nous partons pour la zone où se trouve le canal, pour comprendre dans quelle m.rd. (jouons au pendu) nous nous sommes retrouvés. On nous annonce que les huit semaines précédant notre arrivée, le gouvernement a expulsé près de dix étrangers, juste parce qu'ils s'intéressaient de trop près à ce sujet. Nous redoublons de vigilance et réalisons vite les interviews en cachette avant de faire ce qui aurait été illégal sur une plage niçoise: mettre les voiles.

Le jour de la victoire de la révolution est célébré dans tout le pays. Les partisans du président en profitent pour faire un peu sa pub. Le FSLN est aujourd'hui le parti au pouvoir. Il fut le un mouvement armé qui vint à bout de la dictature en 1979. Depuis, il aime bien le rappeler... très souvent. Interdit de dire que c'est un peu une vieille histoire. 
Nous continuons vers Leon, bastion de la révolution sandiniste qui vint à terme de la dictature des Somoza en 1979. Nous faisons le tour de la ville avec d'anciens combattants qui nous racontent leurs souvenirs de guérilla urbaine. La révolution est déjà ancienne, mais les Etats-Unis ont pris un malin plaisir à financer des partisans du dictateur démis pour affaiblir le gouvernement sandiniste, ce qui a prolongé la violence de nombreuses années.

Un ancien guerrillero devant son idole.
Le jeu de mimes le plus difficile au monde. Il y a un subtil indice pour les nuls.
Le Nicaragua compte plusieurs volcans actifs, deux côtes et le plus grand lac d'Amérique centrale. Pas de quoi s'ennuyer pour les amoureux-euses de la nature.
Le volcan Telica ou la fabrique de nuages.
Pas tomber !
Le quart d'heure digestion après avoir bouffé son mec.
Un volcan actif vu depuis un volcan actif.
Donc, de ce côté-ci du panneau tout va bien...
Un mètre plus loin par contre... 
Nous clôturons notre traversée du Nicaragua au nord. En arrivant dans la ville d'Esteli, un homme nous propose un logement gratos. Sympa, mais nous déclinons l'offre lorsqu'il nous montre le trou humide à l'odeur de vomi qui sert de chambre à son oncle lorsqu'il est de passage (les slips qui trainent en témoignent). Nous passons la frontière après un petit saut dans le canyon de Somoto.  

Un paysan local a commencé à graver la roche. Maintenant il s'agit d'une attraction touristique majeure de la région.

Petit plouf dans le canyon de Somoto. Merci pour le sac étanche les collègues.

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