Notre séjour au Honduras débute par un abus de pouvoir, belle métaphore sur l'état du pays. Malgré la foule qui attend son petit cachet d'entrée, l'officier en charge se lève toutes les cinq minutes pour regarder la télé derrière lui, ou montrer à ses collègues ses photos de familles sur sa tablette. Une heure plus tard, nous quittons la frontière en direction de la capitale dans un bus ayant miraculeusement terminé sa carrière scolaire aux Etats-Unis sans un impact de balle. Après deux cent mètres, des policiers zélés font sortir les hommes du bus, qui sans la moindre consigne se mettent face à la paroi, les jambes écartées, étonnante démonstration de leur habitude de se faire en... fouiller par les forces du désordre locales.
Faute de photos des fouilles et des contrôles de police, voici une tortue qui dit bonjour. Les chatons c'est so 2015.
Nous arrivons à Tegucigalpa, où l'ambiance est digne d'un 15 juillet niçois. Les habitants vivent derrière des grilles. Les commerces sont protégés par des gardes lourdement armés. Les quelques arbres qui bordaient l'avenue de notre hôtel, dernier rappel de vert de cette mer de béton, ont été tronçonnés par un politicien bien intentionné voulant protéger le socle de notre civilisation: les câbles de télévision. De quoi laisser l'air de paix et de convivialité souffler avec plus de facilité.
Berta Caceres, activiste et leader indigène, a été assassiné le 3 mars 2016. Ses amis et proches réclament toujours que justice soit faite.
Nous y rencontrons une documentaliste, qui doit prendre un taxi pour parcourir le kilomètre qui nous sépare. Se promener avec un ordinateur représente trop de risques. Elle nous met en contact avec le COPINH, l'association fondée par Berta Caceres, lauréate du prix Goldman 2015 pour l'environnement récemment assassinée. Le gouvernement hondurien peut se vanter de disputer au Guatemala le plus haut taux de meurtres d'activistes par habitant au monde, ça les consolera peut-être de n'avoir ramené aucune médaille de Rio. L'implication de l'Etat dans l'assassinat de Berta est largement soupçonnée: un militaire a indiqué au Guardian que les forces d'élites possèdent des listes avec les activistes à abattre (voir l'article). Malheureusement, le cas de Berta n'est pas isolé, et généralement la justice hondurienne – pardonnez l'oxymore – classe le dossier comme crime passionnel en coffrant un ancien rival amoureux. Apparemment, les crises de jalousie se règlent à l'arme lourde dans le pays. Le remplaçant de Berta, Tomas Gomez, a d'ailleurs échappé de peu à une fusillade en octobre.
Tomas Gomez, le remplaçant de Berta, a été victime d'une tentative d'assassinat en octobre 2016.
Le plan du gouvernement n'est en effet pas tellement de protéger l'environnement et de garantir les droits de sa population, mais plutôt de tout vendre au plus offrant. Saviez-vous qu'en venant investir là où le gouvernement vous dit de le faire au Honduras, vous êtes exemptés d'impôts pendant 10 ans ? Bref, de quoi investir, rentabiliser l'investissement et se faire la malle avant que l'Etat ait pu toucher un seul centime. Pas de soucis cependant, parce que le FMI dit que ça favorise l'investissement étranger et j'ai dû étudier à l'université que c'était une bonne chose, donc je n'oserais pas critiquer cela.
Pas facile de travailler quand quelqu'un mange les câbles. Sans vouloir retourner le couteau dans la pluie, l'affreux terroriste dans les bras de Pauline a été gazé lors d'une cérémonie organisée par le COPINH devant le ministère de la justice.
Le COPINH défend les droits des indigènes Lencas de la région d'Esperanza. L'organisation a longtemps défendu, avec succès, une communauté dont les territoires étaient menacés par un projet de barrage dont les promoteurs avaient malencontreusement oublié de respecter les règles de consultation prévues par le droit international.
Une avant-première de notre documentaire. La police a aussi jugé qu'il était nécessaire d'utiliser les gaz lacrymogènes sur cette menaçante personne qui a dû être portée à l'abris.
Nous partons à leur rencontre, et sommes reçus par un petit gamin armé d'une machette qui nous demande une autorisation... avant d'éclater de rire et de nous faire visiter Utopia, leur centre de formation. Nous réalisons rapidement que les Lencas ont un humour bien campé sur du sarcasme et de l'autodérision. Bref, nous nous sentons chez nous. Les menaces et les assassinats n'ont pas l'air d'avoir entamé leur bonne humeur ni leur engagement. Au contraire, comme ils le scandent souvent: "Berta n'est pas décédée, elle s'est multipliée". Nous échangeons nos histoires de manifestations. Ils nous racontent que contrairement à chez nous lorsque la police les arrête et les emmène en prison, ils le considèrent comme un bonne nouvelle, car cela signifie qu'ils ont échappé à la torture ou à l'assassinat.
Arrivée à Sambo Creek, où l'ambiance est nettement plus détendue.
Lors de l'assemblée de l'OFRANEH. Chaque soirée est rythmée par les musiques et les danses traditionnelles garifunas.
Nous poursuivons notre route vers la côte caraïbe, à la rencontre des Garifunas ("mangeurs de manioc" en langue arawak), peuple issu d'un métissage de rescapés du commerce d'esclaves et d'indigènes caraïbes et arawak. Ils peuplent les côtes du Honduras et du Guatemala, un peu comme les Frikandelefunas (mangeurs de croquettes de cerveau en langue arawak) peuplent la côte belge. Lorsque nous arrivons à Sambo Creek, la communauté où se trouve le QG de l'OFRANEH, nous passons de Bagdad au Bhoutan. L'ambiance est relax, les enfants jouent dans la rue, même la nuit, les portes restent ouvertes et les visages sont souriants. Nous sommes invités à la très rythmée assemblée de l'organisation, qui a lieu sur une terre reprise aux narcotrafiquants. Entre des danses qui feraient passer Michael Jackson pour un blanc (un peu d'humour noir), on nous raconte que les Garifunas se font expulser de leurs paradis par des compagnies hôtelières de luxe. Quelle chance tout cet investissement étranger.
Ne pouvant assister à l'assemblée, nous nous occupons en jouant de l'appareil photo.
Nouveau record du saut en longueur au dessus de flaque.
En attendant que l'assemblée se termine...
De quoi se donner envie de garder la tête sous l'eau, ce que nous faisons en terminant notre séjour par une petite semaine de plongée sur Utila, où Pau passe son brevet.
La partie immergée d'Utila est assez sympathique.
Cependant c'est surtout la partie submergée que nous sommes venus visiter. Première mise à l'eau pour Pau.
Les calamars l'attendent de nageoires fermes.
Pendant que les hippocampes supportent les Pays-Bas.
Bon, normalement avec l'Open Water on ne peut pas encore aller dans des grottes, mais on ne dira rien.
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